Rabat, broderies

La naissance de cet artisanat est relativement liée à l’histoire de cette même ville qui a reçu en 1609, une deuxième vague de Morisques. Le Maroc est alors sous le règne du Sultan Saâdien Moulay Zidane, qui accueille les réfugiés et les incite à s’installer sur la rive gauche du Bou Regreg, dans la kasbah quasiment désertée. L’apport de cette population dans le domaine de l’artisanat est incontestable : les apports de la renaissance espagnole caractérisent les motifs, qui se retrouvent cependant influencés par les  ascendants africains. Les thèmes des broderies vont passer du caractère architectural andalou pour aller vers un style floral, qui, à l'image des jardins, ne sont que polychromie et profusion de couleurs (ce dernier étant inspiré aussi de modèles européens). On remarque également dans les broderies anciennes des compositions similaires à des silhouettes féminines portant des jupes ballonnées, très connu dans l’art populaire occidental, des remparts, etc.

Typologie de broderies de Rabat
Les historiens ont identifié  à Rabat  deux types de broderies. Le premier type est désigné sous le nom du Vieux Rabat, le deuxième est dit broderies modernes.

Le premier type est représenté par plusieurs compositions,  (qui ont fait l’objet d’étude de la part de Martha Gérard) (1), dont les plus fréquents sont:
Des compositions à base de silhouettes humaines
qui ont imprégné les broderies de la période allant du XVIIIème siècle jusqu’au deuxième moitié du XIXème siècle. Ces compositions étaient appliquées surtout aux coussins en utilisant des silhouettes de femmes aux mains levées et aux jupes ballonnées. Les points exécutés pour réaliser cette broderie sont les points de feston larges, de chainettes et le point natté. Le fil de soie utilisé était de brin fort et dédoublé. Il est à noter que cette technique  a été abandonnée depuis la fin du XIXème siècle. Ce type offre une monochromie massive allant du jaune vieil or au rouge foncé et au bleu sombre.
Des compositions constituées de crosses et de volutes, dont les plus anciens ouvrages offrent un décor monochrome aéré. Les plus récents par contre sont caractérisés par leurs champs compacts où se regroupent des éléments concentriques et ovoïdes ornés de crosses serrées brodées en deux ou trois tons au maximum. Cette broderie exige l’utilisation d’un fil de  soie assez fin et fait appel au point natté  et au point de feston. Ces tissus brodés sont utilisés  pour  l’habillage des objets d’ameublement tels que les rideaux de portes et les coussins.
Compositions à base de motifs végétaux
: A leur apparition, les motifs végétaux meublaient discrètement la partie supérieure du bandeau, plus  tard, ces motifs seront disposés en semis envahissant les champs des tissus brodés, offrant ainsi une riche polychromie et une surabondance de motifs exécutés avec finesse. La broderie travaillée au point plume et au point plat, visait surtout des objets d’ameublement  tels que les rideaux de portes (izour) et les ornements de lit (tlamet)

Le deuxième type est dit broderies modernes. Au XIXème siècle  on accordera plus d’importance  aux éléments végétaux qui deviendront rapidement l’unique répertoire des éléments décoratifs.  Les thèmes prisés pour  les broderies seront appliqués aussi bien aux objets vestimentaires qu’aux objets d’ameublement. Une polychromie faisant appel à une flore géométrisée et architecturée sera donc adoptée. On trouve aussi  des pièces monochromes décorées d’arborescences et de fleurons évoquant à la fois la majesté de l’architecture de la ville et la beauté de ses jardins fleurissants. Ces broderies sans envers revêtent un caractère massif, elles sont exécutées selon la technique du point plat en utilisant une soie floche.

Les pièces brodées
Les broderies de Rabat offrent une grande variété, ainsi, on peut relever des pièces relatives à l’ameublement, d’autres au vêtement et à la toilette féminine, sans pour autant oublier les accessoires pour enfants. Il est à noter que ces pièces ont été, dans la plupart du temps  confectionnées  par souci utilitaire.
Principales pièces destinées à l’ameublement

L’izar:
rideau de porte.
Talmita
: Couvre lit.
Mesned
: traversin disposé sur le lit.
Mkhadda
: peut-être en temps oreiller ou accoudoir.

Pièces destinées à la toilette et à l’habillement féminin
Mendlilhanna
: Nappe que l’on étend sur les genoux de la mariée pendant la cérémonie du henné.
Mnadellhenna
: paire de mouchoir ou sac destinés à recouvrir les mains de la jeune mariée après leur décoration au henné.
Mendil
: Essuie-mains.
Machchata: La coiffe, tablier sans manches muni d’un col à ras le cou. On l’attache au cou de la jeune fiancée le soir ou après le henné durant la cérémonie de coiffure.
Rozma
: Nappe destinée à empaqueter les tissus précieux ou pour offrir des cadeaux.
Mendill hammam
: Voile de bain, recouvre la chevelure au sortir du bain.
Derra
: Foulard de tête.

D’autres pièces ont été brodées pour l’enfant dès sa naissance tel que  la couverture décorée d’une main de Fatma pour protéger  le petit contre le mauvais œil.           

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