Bzou

La petite ville de Bzou fait partie de la province d’Azilal, elle se situe entre l’extrémité Sud- Ouest de la chaîne du Moyen Atlas et le commencement de la chaîne du Haut Atlas. Certains habitants de la ville, affirment que Bzou est un nom composé de deux mots « Bou » et « Ouzzou » qui signifie selon un ancien dialecte berbère : un passage entre les plantations.
A la fin du XIIIème siècle et début du XIVème siècle, l’historien Ibn Khaldoun cite la région de Bzou sous le nom de N’tifat en mettant l’accent surtout sur le rôle politique et militaire que jouaient les leaders et les alliances et allégeances qui les liaient aux dynasties qui gouvernaient le Maroc à cette époque.
Parlant de la généalogie des Maslohiyine, le sociologue Paul Pascon évoque la fondation de la Zaouiya de Bzou qui date de 1450. Bzou est également connue pour être un centre spirituel dans la mesure où la zawiya située dans le village abrite le mausolée du Saint Sidi S’ghir ben El Manyar, chef de la dite Zawiya durant la deuxième moitié de XVIème siècle.
Au XVIème, Mohamed ben Hassan El ouazzane connu sous le nom de Léon l’Africain décrit Bzou comme « une petite ville faisant partie de la région de Haskoura, relevant du royaume de Marrakech.
Actuellement, du point de vue administratif, le cercle de Bzou comprend sept communes rurales et s’étend sur une superficie de 1500 Km².

La population
Selon les chroniqueurs, la population de Bzou est d’origine berbère Masmouda, les arabes se sont installés dans la région progressivement et ce depuis l’introduction de l’Islam.
Selon Léon l’Africain, les habitants de Bzou sont très gracieux dans leur façon de s’habiller, se sont des gens accueillants et très généreux, des musulmans pratiquants, connus également pour être des commerçants honnêtes, des gens dignes de confiance. Ils exportent vers le Soudan de l’huile d’olive, du cuir tanné et des couvertures.
Le recensement de 2004 dénombre une population de 4323 habitants répartis sur 20 villages : El Medersa, Imaddahen, Bahi, Aghbalou, Mazouz, Bal, Aït Waguen, Tgounite, Foum Taghiya, Wawrirt, Moughyay,Tinfert, Wareg, Zalgen, N’zala. El Medersa est le plus grand village, il constitue le centre urbain où se tient le souk hebdomadaire tous les vendredis. Il abrite également le mausolée de Sidi S’ghir ben El Manyar. La population totale de Bzou comprend environ 1000 tisseuses spécialisées dans le tissage traditionnel.

Le tissu «Kharqa Bziouiya»
Il est indéniable que le tissage de Bzou tel qu’il est pratiqué actuellement remonte à la deuxième moitié du XVIème, siècle, les habitants Bziouis confirment que l’activité du tissage a été développée par le saint Moulay Abdallah Ben H’sein, un descendant des Aït Oumghar, le chroniqueur Hassan AZZAYATE cite que le père fondateur des Aït Oumghar est Acheikh : Abou Abdallah Mohamed ben Abi Jaâfar Ishak Ibn Ismaïl, Ibn Saïd Assanhaji connu sous le nom de Ibn Amghar. Ce saint s’est installé en 1150 à Titn’fitar, une forteresse située près d’El Jadida, Pour prêcher l’Islam et la guerre sainte contre toute invasion chrétienne des côtes atlantiques marocaines, il enseignait le tissage à base de la laine. Cette tradition a été perpétuée par sa descendance, ainsi Moulay Abdallah Ben H’sein, petit fils (sixième génération) a développé le tissage à Bzou et a introduit l’usage du fil de soie dans le tissage Bzioui, pour faire face à la concurrence des tissus portugais commercialisés au niveau des ports d’El Jadida (Brija, Mazagan c’est aussi l’ancien nom d’El Jadida) et de Safi. Le tissage s’est également développé grâce aux neveux de Moulay Abdallah Ben H’sein. Moulay El Wafi a assuré l’expansion du tissage à Safi ainsi que Moulay Abdeslam LABSIR dont les fils ont créé les trois Zawiya de Saïss. Actuellement le tissage de Saïss et identique à celui de Bzou.

La tradition orale
L’apprentissage du métier commence à un bas âge, toute mère enseigne à sa fille d’abord comment filer à l’âge de 10 ans, puis elle l’initie et l’encadre au tissage entre l’âge de 12 et 15 ans. Et pour recevoir la bénédiction du saint marabout maître du métier de tissage dans la région de Bzou, Sidi M’barek El Kouch. Chaque mère porte des bougies, des dattes, du sucre, un ruban peigné (S’boula Beldia), un fuseau et la quenouille. Une fois devant le tombeau, la mère s’adresse au Saint en prononçant les mots suivants:
«Sidi M’barek El Koch, offre ta bénédiction à ma fille et fait lui apprendre le métier pour qu’elle rivalise avec les tisseuses les plus chevronnées».
Le tissage de Bzou est caractérisé par des rites à toutes les étapes de la préparation et de confection du tissu. La vente des coupons tissés par les femmes a lieu au souk hebdomadaire qui se teint à El Medersa chaque vendredi. Cela se passe entre 6 et 8 huit heures du matin l’activité du commerce se limite à la vente et achat de fils de chaîne et de trame ainsi que de ruban peigné.
En s’approvisionnant en fil le jour du vendredi, les tisseuses ont la possibilité de commencer leur travail le samedi afin de terminer le tissage le jeudi d’après, la veille du souk suivant, pour consacrer une telle habitude, les tisseuses prononcent souvent la citation suivante:
«assabt m’yassar ou larabaâ la rabha » c’est dire commencer le travail le samedi ça aide à vendre aisément le coupon (Al kharqa) tandis que commencer le tissage le mercredi ne procure pas de gain.
Pour terminer le tissage à temps c'est-à-dire la veille de la journée du Souk, la tisseuse Bziouie, doit tisser une quantité de tissu suffisante pour couvrir l’ensouple inférieure du métier sinon, elle doit préparer le dîner du métier c'est-à-dire qu’elle doit offrir un repas aux voisines et aux autres tisseuses qui l’ont aidée dans le montage du métier. Un tel festin ne peut être toujours assuré financièrement par les tisseuses, alors chacune d’elles veille à couvrir l’ensouple inférieure avec la partie du coupon tissée le samedi.
Une fois le tissage terminé, certaines tisseuses Bziouies brûlent quelques bouts des fils de chaîne, ce rite est dû au fait que le tissage fait à la main du coupon ( kharqa bziouiya) est très fin au point que l’on peut le confondre avec un tissage fait machine, les tisseuses disent que seul Dieu est en mesure de réaliser le parfait. Aussi, brûlent-elles des bouts de fils de chaîne dont l’effet n’est pas apparent sur le coupon : altérer le parfait pour ne pas imiter Dieu.

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